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EXCLUSIF : «Mbappé aussi fort que Maradona ou Pelé ? C’est difficile à imaginer, mais…»

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Pour Média Foot, Didier Roustan se livre à cœur ouvert. Après avoir évoqué l’éternel Diego Armando Maradona, Javier Pastore et la célèbre « Roustanie », notre invité dévoile son gouvernement et le nouveau phénomène du football moderne, Kylian Mbappé.

Vous êtes président à vie de la Roustanie, ce pays dont vous êtes le créateur, qui fait vivre une certaine idée du football, où les romantiques du ballon rond sont des rois. Président, si vous deviez composer un gouvernement resserré, qui serait votre premier ministre ?

Si je faisais un gouvernement, mon Premier ministre, ce serait Maradona. Parce que c’est un joueur qui dégage beaucoup d’émotions, qui était complètement fou, parce que c’était un génie et moi je veux que mon Premier ministre, il soit entraînant. Je ne veux pas qu’il fasse chier les gens, je veux qu’il donne du plaisir et qu’il donne envie d’avoir envie.

Et quand on voit Maradona, on a envie de le voir jouer, on a envie même qu’il y ait des conneries des fois (rire). Il dégage quelque chose et il est différent des autres. Donc mon Premier ministre ne doit pas être un Premier ministre basique. Il doit faire rêver les gens et donc on mettra Maradona.

A la défense, votre choix présidentiel ?

La défense, c’est la première attaque. Donc ça doit être quelqu’un d’extrêmement créatif, parce que s’il me foire les relances, bah ça va servir à rien. Et il faut qu’il sache défendre, évidemment, puisque c’est le ministre de la défense. Donc je vais mettre Beckenbauer, parce qu’il avait l’intelligence du jeu, il avait le sens de l’anticipation, il a révolutionné un poste qui était à la base libéro – qui a été inventé par les Italiens où ils étaient 30 mètres derrière, pour couper les attaques et prendre tout leur temps. Mais lui, c’était quelqu’un qui s’intercalait au milieu de terrain parce qu’à la base, c’était un ancien milieu de terrain. Il avait des qualités de techniques pour être même un numéro 10 et c’est comme Pirlo qui est assez bas sur le terrain, il a les qualités d’un numéro 10 et il va me faire des passes de 40 mètres et le ballon va toujours plus vite que l’homme. Donc si l’appel est bon, et Beckenbauer il avait tout, c’était le Platini, le Maradona, le Zidane de la défense, donc en ministre de la défense je vais mettre Beckenbauer.

« Messi, c’est compliqué pour lui. C’est le crépuscule d’un Dieu… »

Qui s’occupe des affaires du milieu de terrain ?

Mon chargé d’affaires aux affaires du milieu de terrain, il va porter les bidons, il va s’occuper des affaires. Il va transformer le plomb en or, c’est à dire qu’il va ratisser des ballons foireux mais les rendre beaux. Alors bon, on est peut-être un peu dans le passé parce que c’était un football effectivement qui était beaucoup plus créatif, donc Tigana. C’était un gars qui s’occupait de tas d’affaires, qui était un « ratisseur » parfait et qui après donnait le ballon aux gens qui devaient conclure les grosses affaires. Mais lui, c’était le chargé des affaires.

On passe à l’attaque. Qui porte la parole de votre animation offensive ?

On va mettre Messi. Parce que même si, effectivement, c’est compliqué pour lui aujourd’hui, c’est le crépuscule d’un Dieu… Mais sur des années et des années, que ce soit lui ou Ronaldo dans un autre registre – je suis plus sensible au talent de Ronaldo, parce que c’est un modèle de professionnalisme et c’est peut-être qu’il est peut-être encore plus méritant quelque part – Mais Messi, c’est aussi un génie dans son domaine. Messi !

Qui murmure les plus sages conseils à votre oreille présentielle ?

Mon conseiller de l’ombre, je vais prendre Telê Santana. Parce que le drame du football aura été que le Brésil 1982, qui était l’une des plus belles sélections de l’Histoire. Ce jour-là, les Italiens étaient plus malins et plus forts. Ils avaient beaucoup de talent aussi, parce qu’on oublie ça, mais Telê Santana est quelqu’un qui a apporté au football et tant avec son équipe de Sao Paulo qu’avec les sélections 82 et 86. Et moi, j’aime les gens qui donnent et qui apportent et ça mériterait bien. Donc y a pas mal de sud-américains si on fait le compte. Mais y a quand même un Allemand. Platini et Zidane doivent rôder par-là voilà mais il y a quand même Tigana. Makelele, ça reste une sorte de Tigana des temps modernes de toute manière, oui, très fort. Thiago Motta moins, parce qu’il est sur son rythme un petit peu plus. Makelele avait une sorte d’explosivité que ne possédait pas Thiago Motta. Moi j’aime beaucoup Verratti, je sais qu’il les rend fou tout le monde mais j’adore Verratti parce que voilà, il fait des choses, il y a une forme de générosité et de prise de risque. J’aime bien les gens qui prennent des risques.

Diego Maradona, vous l’avez dit, est éternel. Mais est-ce que Kylian Mbappé peut atteindre les mêmes sommets qu’un Maradona, qu’un Pelé ?

C’est difficile de comparer mais c’est vrai qu’en football, on aime ça.

On peut comparer parce que même si ce ne sont pas les mêmes époques, même si le football allait moins vite et que les joueurs étaient moins puissants dans les contacts ou des choses comme ça, c’était un football qui était beaucoup plus dangereux, où les joueurs étaient moins protégés, où les ballons étaient en bois et les terrains étaient pourris. Aujourd’hui, ce sont des billards. Mais on était à 11 contre 11, les buts faisaient 7 mètres 32 sur 2 mètres 40 ou 44, j’oublie chaque fois la hauteur je me plante. Les terrains étaient de la même longueur et la même largeur, les règles étaient les mêmes, on en a amené d’autres qui avantagent les joueurs et qui avantagent l’attaque. Donc si on voit les difficultés du football d’aujourd’hui, mais qu’on les compare aux difficultés du football d’hier, on va dire que ça s’équilibre, même si ce sont des difficultés différentes. Et donc on peut comparer les époques. Je discutais il n’y a pas longtemps avec Carlos Bianchi, il me disait, lui qui était avant-centre et qui a joué en Argentine, qu’en Argentine, il se faisait massacrer et il fallait donner le ballon en 2 secondes. Et aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile pour un attaquant.

« Mbappé donne le frisson, il a quelque chose de plus que les autres »

C’est plus facile pour Mbappé que pour Pelé ?


Mbappé, c’est un footballeur de son époque, c’est quelqu’un qui est explosif, qui n’est pas qu’un sprinter. Et en plus, jeune ! On a toujours tendance à oublier ça parce qu’on en entend parler déjà depuis longtemps, et donc il a encore une marge de progression.

Et on voit bien la progression qu’il a eu sur ces deux dernières années, déjà d’un point de vue collectif, c’est un gros travailleur. Et il a un talent fou, c’est sûr. Est-ce qu’il arrivera au niveau des deux qu’on a cité où là, c’est le Graal, c’est-à-dire Pelé et Maradona ? Au moment où on parle, c’est difficile à dire. Et c’est même difficile à imaginer. Il peut le faire au niveau des trophées ce ne sera pas un problème. Le trophée ultime, c’est Pelé qui a gagné trois Coupes du monde. Il en a gagné une déjà, il peut gagner la deuxième qui arrive puisque la France fera partie des 3-4 équipes favorites. Et il aura que 24 ans, donc il lui reste de la marge. C’est quelqu’un d’extrêmement sérieux, s’il a la chance de ne pas avoir de graves blessures, en palmarès je ne me fais pas de souci pour lui. En talent pur et en marquant à ce point les gens.

Même Maradona, quand il avait du génie parce qu’on n’a pas attendu 1986 pour savoir qu’il avait du génie, on ne savait pas qu’il marquerait ce fameux but contre l’Angleterre, même les deux buts finalement quelque part. Mbappé, maintenant, on a compris qu’il était une classe au-dessus quand même, il a quelque chose en plus, il a quand même une forme de charisme. Il est différent des autres joueurs, il peut apporter du frisson. Il faut qu’il soit épargné aussi. Ronaldo, par exemple, le Brésilien, avait quelque chose quand on était au stade, en tout cas, on le ressentait moins devant la télé, mais au stade quand il prenait le ballon, il y avait une émotion particulière.

On se disait : « mon Dieu… ».

Mais après, il était moins sérieux et il a eu les blessures que l’on sait. Je trouve que Mbappé a une autre chance que n’avait pas forcément ces joueurs-là, c’est qu’il est hyper bien entouré. Je crois quand même que c’est cadré. Et je pense que le père, la mère, ce sont des gens intelligents. Je pense que ce sont des gens cultivés, enfin, c’est ce qui m’est revenu un petit peu aux oreilles. Et Mbappé, on le voit quand même à travers ce qu’il est, il a une vraie personnalité, à travers ce qu’il fait, sa manière déjà d’apprendre les langues.

Parce qu’il est curieux de plein de choses. Mais le football dégageait plus d’émotions à l’époque, je trouve, qu’aujourd’hui, où c’est devenu quelque chose de plus métallique, où ça sent trop l’argent, où y a que 5 ou 6 équipes en Ligue des Champions, il n’y en a que 2 ou 3 en Coupe du monde. Il n’y a pas des joueurs disséminés dans la planète entière, il y a une concentration de bons joueurs, les joueurs se ressemblent, le jeu est quand même standardisé, mécanique. Ça, il n’y peut rien, peuchère (sourire). Et je pense qu’au-delà du talent, l’émotion que dégagera un joueur participe beaucoup à ce qu’il laissera dans l’histoire.

La rédaction de Média Foot tient à remercier chaleureusement Didier Roustan pour sa gentillesse débordante, sa passion contagieuse et sa grande disponibilité. Longue vie à la Roustanie !