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EXCLUSIF : « Le dernier romantique du football, c’est Javier Pastore »

Personnage incontournable du paysage médiatique et footballistique français, Didier Roustan se confie à Média Foot. Son amour pour les romantiques du ballon rond, l’éternel Diego Maradona et la célèbre « Roustanie », le journaliste se confie avec sa légendaire passion. 

Vous êtes l’une des légendes françaises du monde médiatico-footballistique, vous avez une longue et belle carrière à votre actif. A l’heure des réseaux sociaux et des nouveaux outils de communication, vous arrivez encore à avoir votre place, votre importance. Comment vous faîtes ? Ou trouvez-vous cette énergie ?


Quand on aime ce qu’on fait, l’énergie, c’est la passion. Quand on aime ce qu’on fait, déjà, c’est plus facile. Donc c’est le plaisir aussi de le transmettre aux gens, d’échanger. Les réseaux sociaux, ce n’est pas forcément ma génération on va dire, mais je suis quelqu’un de curieux, un « chercheur ». Ça a commencé avec des blogs que m’avait commandité lequipe.fr. On m’avait dit « faut pas dépasser 5-10 min parce qu’une seule voix sur 5-10 min après les gens se lasse ». Le problème, c’est que quand on est passionné, on fait rarement court (sourire).

Alors, je suis passé à 10 minutes, puis j’en ai fait 20 et j’en ai fait 40 et puis après j’ai fait effectivement des blogs d’une heure et demie, 2h. Après, quelqu’un m’a fait découvrir les podcasts, j’ai trouvé que c’était intéressant aussi et j’ai transposé tout ça. C’est la meilleure souplesse peut-être, ça ne demande pas des caméras, etc… Donc ça et là, pareil, moi au bout de 10 min, on perd le fil (rire). Moi j’aime bien m’étirer, j’aime bien prendre mon temps alors comme tout le monde, hein, je ne suis pas plus malin que les autres, je peux être esclave aussi du temps. Mais j’essaie, dans le domaine de ma passion, de ne pas trop le canaliser et il se trouve que ça marche, ça fait des bons scores, ça plaît aux gens et c’est important parce que si ça ne plaît pas aux gens, c’est un échange. Sinon, je me mets tout seul devant ma glace et je me regarde et je parle pendant 1h. Mais je ne suis pas suffisamment narcissique pour ça.

Parlez-nous de la Roustanie, ce concept un peu fou qui prend de l’ampleur et qui vous ressemble si bien ?
Comme j’ai une communauté, et souvent des gens qui me suivent depuis quelques années, quelques décennies pour certains puisque je suis dans le métier depuis un peu plus de 45 ans via la télévision… Mais j’ai remarqué qu’il y avait pas mal de jeunes et ça m’a beaucoup étonné parce que je me suis dit, à l’époque, j’étais plus exposé parce que j’étais sur TF1, qu’il avait que 2 chaînes et demi et que les gens ne pouvaient pas m’éviter avec Téléfoot…

Maintenant, il y a 408 chaînes donc y a plus de gens incontournables, on a du mal à retenir un petit peu le nom des gens, on se perd. C’est devenu une sorte de grand capharnaüm. Mais je me disais que, finalement, dans mon public il y avait quand même beaucoup de jeunes entre 18 et 25 ans qui adorent les podcasts, qui y trouvent leur bonheur, qu’ils apprennent des tas de choses. Donc j’ai créé une sorte de pays virtuel où se retrouve une sorte de poètes disparus. Je trouve que dans toutes les émissions de football, qu’elles soient télé, radio ou sur les réseaux sociaux, je trouve qu’il y a une grande violence quelque part, que c’est un peu anxiogène et qu’on parle toujours des mêmes choses.

C’est le PSG, c’était Neymar, c’était machin…

Des choses regrettables dans le football d’aujourd’hui, comme partout, il est le reflet de la société, mais je ne trouve pas ça très épanouissant. On peut trouver le bonheur là où il se trouve et même s’il y a beaucoup de merdes, il y a quand même des coquelicots qui se battent et qui émergent à droite à gauche. Donc peut-être qu’on peut parler aussi du football d’une autre manière et sans être chaque fois dans le conflit où dire : « ce mec est nul, ce mec est un abruti ». Et puis, le football n’est pas né en 1998 ou en 2018, le football il a plus d’un siècle, il y a des tas d’histoires le football. Et ce n’est pas que la France et ce n’est pas que la Ligue des Champions, c’est aussi d’autres continents, c’est aussi d’autres pays que les 4-5 majeurs. Donc voilà, c’est une sorte de délire un petit peu, il faut rentrer dans ce monde ou pas, moi je ne force personne mais c’est mon monde à moi. Et je le fais partager d’une autre manière à des gens qui l’aiment.

« Notre papa est parti, Didier »

Bientôt deux ans que Diego est parti. Vous ressentez quoi, avec les quelques mois de recul de sa disparition ?

Pour moi, Diego est immortel.

D’ailleurs, les Argentins disent qu’il est né en 1960 et qu’après c’est l’infini… La personne qui m’a dit « notre papa est parti », c’est Oswaldo Piazza, je me souviens… Alors, il y a des gens qui se souviennent du 11 septembre, où ils se trouvaient. Moi, le jour du départ de Maradona, je sais où je me trouvais. Sur une banquette, dans une entreprise. On m’appelle d’Argentine, ce n’était pas encore sorti dans les médias, parce que quand c’est sorti, je n’ai pas trop regardé. « Notre papa est parti, Didier ». J’ai été surpris.

C’était Oswaldo Piazza. C’était une souffrance de le voir souffrir, quelque temps avant de partir, parce que c’était quelqu’un qui était dans une souffrance physique, mentale aussi. Parce que sa maman était partie peu de temps avant son papa, il était dans une forme de souffrance et c’était mieux qu’on garde une image, pas qu’il soit un légume quoi. Mais où on pouvait avoir un moment cette image-là. Et c’est triste la manière dont il est parti parce qu’il est parti seul, lui qui était tellement entouré. Il a demandé de l’aide et on n’a pas répondu, il n’était pas avec quelqu’un. Donc c’est extrêmement triste, ça nous montre toute la pauvreté parfois et la relativité de la vie. Pour moi, il est en nous et ces images restent. On dit que seuls les écrits restent, il a écrit des choses dans nos cœurs et dans notre esprit. Il est là, quelque part avec nous. Et peut-être qu’il est dessus de nous, peut-être qu’il se promène et qu’il rigole d’en haut avec d’autres grands qui nous ont quittés…

Qui sont les derniers romantiques du football à vos yeux ?
Pour moi, le dernier romantique, c’est Pastore. Je trouve, dans son jeu. Après lui, je ne sais pas, parce que finalement moi je ne veux pas connaître les joueurs personnellement. Il se trouve que j’ai connu Pelé personnellement parce que la vie a fait que. Maradona d’encore plus près parce que la vie a fait que. Je ne recherche pas à connaître. Et puis Cruyff aussi. Mais, encore une fois, je pense qu’il y a de moins en moins de footballeurs romantiques, comme Socrates, mais parce que c’est l’époque qui veut ça, l’époque n’est pas romantique. Mais Pastore avait dans son toucher de balle quelque chose, dans son élégance, dans sa grâce, il avait quelque chose d’assez romantique. Dans son côté fragile aussi, parce que les romantiques, c’est rarement des bulldozers. Je veux dire, les poètes, c’est quand même des gars qui sont sous un arbre les cheveux longs avec une guitare, c’est un peu plus l’image, plutôt que tous ces joueurs de Ligue 1 qui sont rasés sur les côtés. Maintenant, moi, je vais dans la rue, je vois des jeunes entre 20 et 30 ans, je ne les vois pas rasés sur les côtés, pour voir un footballeur qui n’est pas rasé maintenant comme un GI. Oui, il y a quand même quelques espèces encore, mais en voie de disparition. Les gens qui sont dans la mode, pour moi, ne sont pas des romantiques. Et tout collait avec Pastore, parce que le même gars qui a le même toucher de balle n’aurait pas la même poésie s’il avait le physique d’Haaland par exemple. Je n’ai rien contre Haaland, là on parle de romantisme, il a un physique d’athlète, de cyborg, c’est une sorte de Terminator. Je n’ai pas vu le film mais quand je vois Schwarzenegger avec son œil, ça ne traduit pas beaucoup de romantisme.

Un romantique, il y a forcément une fragilité, et finalement dans les joueurs qu’on a cités, Maradona est un vrai dur mais il y a une telle fragilité aussi quelque part, il faut avoir les deux faces. Peut-être que Mbappé, c’est ce qui lui manque aussi, c’est qu’il a un côté où tout est tellement, pas parfait, mais tellement « bim bam boum bang » que si un jour je le vois pleurer, ça va peut-être plus me toucher. C’est bête à dire, enfin je lui souhaite de sourire jusqu’à la fin de sa vie, et forcément il doit avoir aussi des fêlures aussi.

Telecharger La Roustanie : ici

Mais après, dans le football, les gens qui ont des fêlures ont un côté macho, un peu bébête. Ca traduit de la fragilité, mais je pense qu’on est tous un peu fragiles, tous un peu féminins, alors ça dépend. Pour ce qui est du romantisme, c’est pas la tendance on va dire. Mais Pastore avec cette forme de romantisme. Moi j’aurais payé quand Pastore avait le ballon, après je me fous du résultat, que Paris gagne, Paris perde, je ne suis pas supporter de base, mais je comprends les supporters de base, mais je n’en suis pas un. Moi je suis supporter du foot et j’aurais payé 30-40€ pour voir Pastore titulaire.

 

Et quand on regardait le Paris Saint-Germain pour le boulot, et que Pastore était blessé ou remplaçant, ça me faisait chier parce que je me disais « merde, il manque quelque chose », et quand Pastore touche le ballon, alors ça marche, ça ne marche pas, mais je suis en état d’alerte…

Plus de belle histoire du football suivre @DidierRoustan